Notre Mission (Edito de la lettre n° 27 de l’IBG – juillet 2011 – par Emmanuel Pène)

Les progrès effectués par notre association depuis quelques années ne doivent pas nous empêcher de voir la situation de notre combat tel qu’il est : peu écouté ou ignoré par les politiques et collectivités, l’institut béarnais et gascon n’a pas réussi à s’imposer comme un acteur incontournable des politiques publiques de promotion de la langue béarnaise et gasconne. Certes, les moyens dont nous disposons sont ridicules comparés à ceux des occitans ou des basques, mais cela ne doit pas laisser de nous interroger sur la pertinence de notre stratégie. Et d’abord, il est nécessaire de définir notre mission. Car notre société évolue, en permanence, et ce n’est pas faire injure à  nous-mêmes que de dire que notre béroye lengue, qui a cessé d’être transmise dans les familles, même rurales, depuis au moins 40 ans, est non seulement en très mauvais point, mais plus grave, souffre d’un désintérêt des locuteurs eux-mêmes. Et les plus jeunes générations grandissent dans un monde où la langue béarnaise et gasconne se résume le plus souvent à un « Adishatz » sur un tee-shirt à marque commerciale. Triste constat, mais le nier revient à faire l’autruche.

Pourtant, ça et là, on observe des comportements qui pour un observateur conscient du constat ci-dessus, peuvent apparaitre étranges ; ce que l’anthropologue appellera des « survivances » : les chorales de tous âges, en Béarn et ailleurs continuent de rythmer la vie sociale des villages et quartier, et c’est bien en langue locale que l’on chante ; les concerts de Nadau remplissent toujours les salles, on continue de scander « Hougna » dans le public d’un match de rugby, et quel gamin n’a jamais entendu chanter « Aqueres Mountagnes». Bien sûr, cela parait bien dérisoire pour celui qui connait la richesse de la lengue nouste. Toutefois, ces manifestations ont un sens, qui est l’expression d’une volonté de vivre ensemble, d’un partage collectif. A l’heure où La langue a cessé d’être le vecteur de cette identité collective, d’autres formes plus ludiques, plus festives d’expression prennent donc le relai, et définissent sans doute, avec nos coutumes familiales, ce qu’on peut appeler l’identité béarnaise, bigourdane, gasconne, .. d’aujourd’hui.

Le festival de Siros a du son succès, nous dit Alexis Arette, à ce qu’il était une représentation du peuple béarnais par lui-même. Sans doute que c’est en s’éloignant de cette vérité qu’il en vint à décliner. Nous devons donc nous poser les questions nous-mêmes, sous peine de péricliter lentement mais surement : la langue doit-elle être le seul objectif ? Quels sont les sous-jacents de l’identité collective béarnaise et gasconne d’aujourd’hui et de demain ? Et quelles sont les actions qui vont permettre d’associer les jeunes générations ?.

Pour résoudre cette énigme, nous devons faire appel de manière plus large aux idées et initiatives des adhérents, sympathisants et amis d’aujourd’hui et de demain. Elles doivent être encouragées, soutenues et valorisées par L’IBG, qui devra s’ouvrir au-delà de son premier cercle, et qui devra préférer ceux qui agissent à ceux qui siègent. Elles devront être en priorité de nature à créer des liens sociaux, destinées au plus grand nombre, favorisant l’échange avec les jeunes, et apporter du plaisir aux participants.

De promoteur de la langue béarnaise et gasconne, nous devons donc évoluer vers promoteur d’une identité béarnaise et gasconne au sens large, dont la langue sera toujours un élément important, fondateur, mais non plus unique.