La nécessaire adaptation des entreprises à l’explosion du volume des données et au Cloud

big dataLes entreprises vivent, depuis l’avènement des smartphones une véritable révolution culturelle. L’acquisition de données en masse générée par ces appareils devenus biens de consommation courante et  la multiplication des nouvelles applications, ont accéléré la mutation des entreprises vers le « Cloud » et ont généré un nouvel écosystème économique. Les conséquences sont drastiques sur les métiers de l’informatique et sur les modèles économiques des entreprises.

Lors de l’apparition du premier iPhone en 2007, on n’imaginait pas le succès et les conséquences que cela aurait 10 années plus tard. En effet, les ventes annuelles de smartphones, étaient déjà deux fois supérieures à celles des ordinateurs classiques en 2011. En 2014, smartphones et tablettes réunies se sont vendues à 6 fois plus d’exemplaires que les PC, portables ou non. Or, ces supports ont deux particularités : celle d’être toujours à portée de main, et celle d’être toujours allumés. En outre, l’utilisation des appareils mobiles en tant qu’outils personnels plus que  professionnels, a eu pour conséquence la multiplication des applications nouvelles s’adressant au grand public. La conjonction de la haute disponibilité des appareils mobiles alliée à la multiplication des applications a eu une conséquence immédiate : celle de l’augmentation exponentielle des volumes de données produites, données qui ont bien entendu, pour une grande partie d’entre elles, un intérêt économique. On imagine aisément ce qu’une entreprise de la distribution pourra tirer des habitudes de consommation des personnes, mais que dire des multiples données générées sur la santé, les déplacements individuels, ou les interactions sociales des sujets que nous sommes ? On a vu comment le jeu en ligne Candy Crush avait tiré profit de ce besoin d’interaction sociale light qui faisait d’un évènement à priori anodin (le passage d’un tableau) un évènement social partagé générateur de nouveaux clients. Le smartphone en outre n’est que le premier étage d’une fusée appelée « objets connectés », toutes sortes d’appareils permettant désormais de collecter des données comme la santé, les performances sportives ou l’état de la voiture.

Cette augmentation des données produites par les mobiles a eu pour effet une généralisation du « Cloud » : oubliées les synchronisations manuelles laborieuses avec son PC des premiers BlackBerry. Désormais, tout est stocké dans le « Cloud ». L’augmentation importante de l’offre des spécialistes comme Google dans ce domaine a eu pour effet d’entrainer les entreprises au départ rétives à ce changement en raison de problèmes de sécurité et de performance. Ainsi, les entreprises aujourd’hui investissement massivement sur des solutions « Cloud », y compris pour des applications aussi stratégiques que les ERP (progiciels de gestion intégrée), ce mouvement n’étant ralenti que par la grande complexité de ces outils, ou par le manque de formation de dirigeants d’entreprises dépassés par ces évolutions. Pourquoi ? parce que le système d’information des entreprises doit répondre aux enjeux d’aujourd’hui, à savoir que l’entreprise n’est plus dans un système d’information isolé du reste du monde, mais qu’elle est en interaction permanente avec son écosystème – clients, fournisseurs, universités, état, journalistes, bloggers, etc… – tous utilisant les nouveaux supports mobiles de communication connectés à Internet. Ces changements induisent un tel « gap » technologique et culturel que les entreprises ne sont plus armées, à quelques exceptions près, pour concevoir, réaliser et maintenir eux-mêmes ces systèmes.

Cette révolution technologique a eu un effet important sur les métiers de l’informatique et sur leur localisation. D’une part, les métiers « traditionnels » de l’informatique, le développement, l’intégration, la maintenance, l’ingénierie réseau ou hardware, ont migré massivement vers des sociétés dont c’est le métier, spécialistes du « Cloud », fournisseurs de services et d’applications, ne laissant plus dans les grandes entreprises que quelques chefs de projets ERP, eux-mêmes souvent externalisés à des sociétés de consulting. D’autre part, l’augmentation du volume des données à traiter, les nouvelles applications, et la généralisation du « Cloud » a eu pour conséquence l’apparition de nouveaux métiers comme les « data miners », « data scientists », les « data analysts », les « community managers ». Ces métiers, qui demandent une connaissance accrue des données, de la stratégie et des processus de l’entreprise, sont en revanche souvent confiés à des ressources internes, et requièrent des profils très complets, alliant capacité d’analyse, autonomie, et surtout un grand sens du marketing et du business.

L’autre effet majeur de ces changements, est l’évolution drastique des modèles économiques des entreprises traditionnelles. L’interaction directe de celles-ci avec leurs consommateurs, leurs clients et fournisseurs, a pour effet de faire disparaitre des intermédiaires avec peu de valeur ajoutée et de les emmener sur de nouveaux marchés. Pour arriver à ce résultat et à une certaine efficacité, l’entreprise doit toutefois adapter sa stratégie, son organisation, et sa communication, afin de gérer les exigences issues de l’immédiateté de cette interaction. L’exploitation des données hétéroclites en temps réel, autrement appelées « Big Data », que ce soit des données issues de réseaux sociaux, de capteurs intelligents ou de logs de production, permettra aux entreprises d’adapter plus rapidement leur offre au marché, leur production aux contraintes de qualité et de productivité, ou leur politique de ressources humaines au bien-être des salariés. Ce sera pour ces entreprises un avantage décisif.

Les technologies de l’information, le développement exponentiel des données produites par les appareils mobiles et objets connectés, et la généralisation du « Cloud » révolutionnent les entreprises. Elles doivent impérativement prendre le virage pour rester compétitives, mais la bonne nouvelle est que les offres sont de plus en plus complètes, de plus en plus mutualisées, et donc accessibles. Il reste donc au dirigeant à se former efficacement, et à recruter des générations Y (voire Z) pour accélérer la mutation de son entreprise.

 

Emmanuel Pène

Consultant, Ex-Dirigeant de Genese Informatique (Editeur de solution ERP), cofondateur de @numlab (groupe de réflexion sur le numérique Pays de l’Adour)